22 décembre 2009
L'AFFINITE DES CHAIRS
Je ne l'entendais pas, tant je la regardais
Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles :
Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse
Haletait fortement avec de longs sanglots.
Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d'amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent
Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers
Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.
GUY DE MAUPASSANT ( 1887)

03 novembre 2009
INCANTATION
Ne bouge pas ! Je vois ! ou plutôt j’entre vois,
Dans l’ombre qui s’épand sous ta jupe en ogive,
Le mystère imprécis de tes cuisses en croix
Dont le charme répons à mon expectative ;
Parmi la lingerie, impalpable tissu,
Plus léger qu’un feston de reine de légende,
Le duvet de ta peau se montre à ton insu
Et ta toison secrète est là comme une offrande.
Reste ! ne bouges pas ! je discerne, à présent,
Le contour incarnat du calice indécent
Que mon regard voudrait butiner à distance.
Statue indoue, au galbe immarescible et pur,
Je prosterne mon front dans ta magnificence
Et j’invoque à mi-voix ton sexe clair-obscur.
MAURICE DEKOBRA (1928)

10 octobre 2009
AMOURETTE
Or que l'hiver roidit la glace épaisse,
Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse,
Non accroupis près le foyer cendreux,
Mais aux plaisirs des combats amoureux.
Assisons-nous sur cette molle couche.
Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche,
Pressez mon col de vos bras dépliés,
Et maintenant votre mère oubliez.
Que de la dent votre tétin je morde,
Que vos cheveux fil à fil je détorde.
Il ne faut point, en si folâtres jeux,
Comme au dimanche arranger ses cheveux.
Approchez donc, tournez-moi votre joue.
Vous rougissez ? il faut que je me joue.
Vous souriez : avez-vous . point ouï
Quelque doux mot qui vous ait réjoui ?
Je vous disais que la main j'allais mettre
Sur votre sein : le voulez-vous permettre ?
Ne fuyez pas sans parler : je vois bien
A vos regards que vous le voulez bien.
Je vous connais en voyant votre mine.
Je jure Amour que vous êtes si fine,
Que pour mourir, de bouche ne diriez
Qu'on vous baisât, bien que le désiriez ;
Car toute fille, encor' qu'elle ait envie
Du jeu d'aimer, désire être ravie.
Témoin en est Hélène, qui suivit
D'un franc vouloir Pâris, qui la ravit.
Je veux user d'une douce main-forte.
Hà ! vous tombez, vous faites déjà la morte.
Hà ! quel plaisir dans le cœur je reçois !
Sans vous baiser, vous moqueriez de moi
En votre lit, quand vous seriez seulette.
Or sus ! c'est fait, ma gentille brunette.
Recommençons afin que nos beaux ans
Soient réchauffés de combats si plaisants.
PIERRE DE RONSARD (1565)

31 août 2009
SONNET
Pour éviter l’ardeur du plus grand jour d’été,
Catin dessus un lit dormait à demi nue ;
Dans un état si beau qu’elle eût même tenté
L’humeur la plus pudique et la plus retenue.
Sa jupe permettait de voir en liberté
Ce petit lieu charmant qu’elle cache à la vue,
Le centre de l’amour et de la volupté,
La cause du beau feu qui m’enflamme et me tue…
Un si sensible objet, en cette occasion,
Bannissant mon respect et ma discrétion,
Me fit foutre à l’instant cette belle dormeuse
Alors elle s’éveilla à cet effort charmant,
Et s’écria aussitôt : Ah ! que je suis heureuse !
Les biens, comme l’on dit, vous viennent en dormant.
ALEXIS PIRON (1730)

18 août 2009
JOUISSANCE
Aujourd’hui dans tes bras j’ ai demeuré pâmée,
Aujourd’hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.
Ta flamme et ton respect m’ ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d’ honneur
Puisque j’ aime Tirsis et que j’ en suis aimée.
O vous, faibles d’ esprits, qui ne connaissez pas,
Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !
Une douce langueur m’ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c’est dans cette mort que je trouve la vie.
Marie-Catherine-Hortense DE VILLEDIEU (1670)

28 juillet 2009
LE VALET CONSOLATEUR
Mon époux est infirme et vieux,
Grondeur, radoteur, ennuyeux,
C’ est ce qui me désole.
Mais mon jokeï me plaît beaucoup,
Et je le trouve à mon goût ;
C’ est ce qui me console.
Si mon mari se sent entrain,
Il se borne à tâter mon sein.
C’ est se qui me désole.
La Fleur en agit autrement,
Il tâte peu : mais fout souvent,
C ‘est ce qui me console.
Le vieillard veut que mon poignet
Rajeunisse son vit mollet,
C’ est ce qui me désole.
Chez mon fouteur c’est différent,
Toujours il a le vit bandant,
C’ est ce qui me console.
Jamais sur les pieds de mon lit,
Ne m’ étend le vieux décrépit ;
C’ est ce qui me désole.
Mon valet qui brûle d’ amour,
M’ y jette et m’ y fout chaque jour,
C’ est ce qui me console.
Dès qu’ il est couché le barbon
S’ endort et ronfle tout de bon,
C’ est ce qui me désole.
A peine est-il à sommeiller
Que j’ ai le Cul sur l’ oreiller,
Et la Fleur me console.
ANONYME, 1830.

12 juillet 2009
EPIGRAMME
Mignonne je te fouëtteray,
C’ est le refrain de ma ballade,
Sinon je te pardonneray
En me donnant une accolade,
Tu ne veux pas me la permettre ?
Ha ! Certes je te fouëtteray :
Mais pour ton bien j’ en osteray
Plutôst la quatriesme lettre.
O dieux que ce plaisir est doux !
Ainsi souvent esbatons-nous
( Dit al’ ors ma belle Sylvie)
Car désormais de ne gouster
Du fouët dont tu m’ as faict taster,
C’ est vivre et n’ avoir point de vie.
Pierre Cotignon de la Charnaye, 1623.

24 juin 2009
LES BIJOUX
La très chère était nue, et connaissant mon coeur,
Elle n’ avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’ air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Le monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’ aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’ aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’ un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’ huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’ avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’ était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’ Antiope au buste d’ un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
_ Et la lampe s’ étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ ambre !
Charles BAUDELAIRE, 1857.

02 juin 2009
ECHANGE
De sa bouche il cherchait une source tarie
Dont la mousse arrêtait le cours interrompu :
Et sa lèvre mouillait une lèvre fleurie
Pour étancher sa soif en son coeur non repu.
D ‘une tige éperdue, aspirant la corolle
Farouche, elle absorbait chaque tressaillement,
Consacrant son désir à quelque course folle
Dont le but est l’ étrange ivresse d’ un moment.
Le silence imprimait de plaintives minutes :
Leurs corps ne comptaient plus les successives chûtes
Vers ce gouffre où notre innocence s’ immola.
Soudain l’ ombre exila la lumière éblouie,
Et dans un même élan, la fleur épanouie
Répandit sa rosée et la source coula.
Jacques Brindejont-Offenbach, 1927.
09 mai 2009
DEMI-VIERGE
Jeune fille élevée au couvent des Oiseaux,
Viens chez moi me montrer ton audace timide,
Ton vice qui s’ observe et tes actes que guide
La crainte de froisser le pli de ton manteau.
On peut, en écartant avec un geste lent
La chaste jarretelle au seuil de la chemise,
Livrer la fleur cachée à la tendre expertise
D’ un amateur qui sait tous les rites galants.
A quoi bon exiger le saut du rubicond ?
Pourquoi prendre la rose au devant du balcon,
Quand l’ autre, plus petite, a sa corolle ouverte ?
Cache donc simplement ton minois dans tes mains
Tandis que ton séant s’ offre à ma tige experte
Aujourd’ hui plus qu’ hier et bien moins que demain.
Maurice DEKOBRA, vers 1921.


























Moteur 2 Recherche 