ECRITURE ET POESIE

des petits textes et des poèmes qui suivent le fil de mes pensées. Quelques mots que je couche sur du papier.

29 août 2009

HARMONIE DU SOIR de Charles Baudelaire

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ; Baudelaire
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !                              Baudelaire


Ce poème de Charles Beaudelaire (1821-1876) est extrait du recueil “ Les fleurs du mal”

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24 juin 2009

LES BIJOUX

La très chère était nue, et connaissant mon coeur,
Elle n’ avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’ air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Le monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’ aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’ aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’ un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’ huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’ avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’ était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’ Antiope au buste d’ un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !

_ Et la lampe s’ étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ ambre !

                                             
                                                                         Charles BAUDELAIRE, 1857.


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13 juillet 2008

CITATIONS DU JOUR

" Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c' est son génie."
                                                                                                  Ch. BEAUDELAIRE, Journaux intimes.

" Le style est comme le cristal ; sa pureté fait son éclat."
                                                                                                   V. HUGO

" La vérité est comme la religion ; elle n' a que deux ennemis : le trop et le trop peu."
                                                                                        S. BUTLER, Nouveaux voyages en Erewhon.

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06 avril 2008

L' ALBATROS de Charles Beaudelaire

Souvent, pour s' amuser, les hommes d' équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l' azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d' eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu' il est comique et laid !
L' un agace son bec avec un brûle-gueule,
L' autre mime, en boitant, l' infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l' archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées ,
Ses ailes de géant l' empêche de marcher.

Ce poème parut en 1859.
Pour symboliser le poète, Beaudelaire ne songe ni à l' aigle royal des romantiques, ni à la solitude orgueilleuse du condor,décrite par Leconte de Lisle.
Il choisit un symbole plus douloureux: l' albatros représente la dualité de l' homme cloué au sol et aspirant à l' infini;il représente surtout le poète cet incompris.

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