26 octobre 2009
HOMMES ENTRE EUX de Jean Paul Dubois
L’AUTEUR :
Jean-Paul Dubois est né à Toulouse en 1950. Avant d'être l'auteur d'une dizaine de romans, de recueils de nouvelles et de plusieurs essais dont Eloge du gaucher dans un monde droitier, Dubois se lance dans le journalisme et travaille au Nouvel Observateur. Il est l’auteur entre autre de Je pense à autre chose, Tous les matins je me lève, Si je pouvais me rapprocher. Le très remarqué Kennedy et moi qui remporte, en 1996, le prix France télévisions( adapté au cinéma par Sam Karmann, avec Jean-Pierre Bacri en vedette). Son roman Une vie française est récompensé par le prix du roman FNAC et le prestigieux prix Femina 2004. Si en 2006 Vous plaisantez, monsieur Tanner aborde de façon humoristique l'enfer des travaux, Jean-Paul Dubois revient en 2007 à plus de gravité avec Hommes entre eux. Suit un an plus tard Les Accommodements raisonnables qui, entre tragique et comique, confirme encore une fois la qualité de la plume de l'auteur.
( source EVENE )
Résumé : Paul Hasselbank est atteint d’une maladie incurable. Il va bientôt mourir et veut revoir une dernière fois sa femme Anna, qui l’a quittée. Il n’attend plus rien de la vie, à part cette ultime confrontation. Son périple le mène à North Bay, une ville de l’Ontario, sur les bords du lac Nipissing.
Cette quête ne le mènera pas à Anna mais à Floyd Paterson, un homme des bois, qui vivait il y a peu avec elle. Lors d’une tempête de neige, les deux hommes sont forcés de cohabiter dans la petite maison de Floyd, en attendant une accalmie. Le moment de s’affronter face à face est venu. Ils vont connaître, enfin, leur heure de vérité. Mais vont-ils y survivre ?
Mon Avis : Dans un décor d’une pure beauté, les paysages du grand nord canadien, Jean Paul Dubois nous entraine dans les profondeurs obscures de l’homme. Une confrontation entre la proie et le chasseur. Il nous dévoile la part animale qui est ancrée en nous mais qui, dans certaines circonstances, remonte à la surface.
Ce livre me laisse une sensation étrange, partagée entre la compréhension et l’étonnement. Tout tient dans ce huis clos entre les deux hommes qui ont aimé la même femme et qui sont pourtant si différents. Et je vous avouerai que la fin est très surprenante, rien ne nous prépare à ce dénouement.
De plus le style est clair, l’écriture fluide. Ce qui permet une lecture sans difficulté. Tout réside dans l’histoire elle-même, et non dans les effets d’écriture.
Dans l’ensemble ce roman est intéressant, et ce fut un plaisir de le découvrir et de l’avoir lu. Et bien entendu de partager mes impressions avec vous.
Jean- Paul DUBOIS, La lettre D du challenge ABC. Click

10 octobre 2009
AMOURETTE
Or que l'hiver roidit la glace épaisse,
Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse,
Non accroupis près le foyer cendreux,
Mais aux plaisirs des combats amoureux.
Assisons-nous sur cette molle couche.
Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche,
Pressez mon col de vos bras dépliés,
Et maintenant votre mère oubliez.
Que de la dent votre tétin je morde,
Que vos cheveux fil à fil je détorde.
Il ne faut point, en si folâtres jeux,
Comme au dimanche arranger ses cheveux.
Approchez donc, tournez-moi votre joue.
Vous rougissez ? il faut que je me joue.
Vous souriez : avez-vous . point ouï
Quelque doux mot qui vous ait réjoui ?
Je vous disais que la main j'allais mettre
Sur votre sein : le voulez-vous permettre ?
Ne fuyez pas sans parler : je vois bien
A vos regards que vous le voulez bien.
Je vous connais en voyant votre mine.
Je jure Amour que vous êtes si fine,
Que pour mourir, de bouche ne diriez
Qu'on vous baisât, bien que le désiriez ;
Car toute fille, encor' qu'elle ait envie
Du jeu d'aimer, désire être ravie.
Témoin en est Hélène, qui suivit
D'un franc vouloir Pâris, qui la ravit.
Je veux user d'une douce main-forte.
Hà ! vous tombez, vous faites déjà la morte.
Hà ! quel plaisir dans le cœur je reçois !
Sans vous baiser, vous moqueriez de moi
En votre lit, quand vous seriez seulette.
Or sus ! c'est fait, ma gentille brunette.
Recommençons afin que nos beaux ans
Soient réchauffés de combats si plaisants.
PIERRE DE RONSARD (1565)

01 septembre 2009
L'AVEU
Madame,
Je vous ai découvert l’autre soir, alors que j’ étais entré chez vous par effraction. Vous étiez assise devant le miroir de votre chambre. Et comme une chatte qui se lustre le poil, vous passiez et repassiez une brosse dans vos cheveux d’ or. Quelle délicatesse, Madame, vous mettiez dans ce geste quotidien ! Je ne pus que vous contemplez secrètement dans votre intimité.
Et c’est avec la complicité de votre miroir que je me suis imprégné de votre beauté.
Car, Madame, il faut que je vous dise que depuis ce jour mes nuits sont hantées par votre personne.
Je revois dans vos yeux, petites noisettes pétillant de mille étoiles, la lueur de la bougie qui, dans le mouvement de sa flamme offre toutes les couleurs de votre peau halée. Je ne peux me défaire de la passion qui dessine vos lèvres, petites et sensuelles, telle une friandise au goût que l’on imagine sucré.
Et vos mains ! Oh Madame, vos mains, si fines et si gracieuses, ont éveillé en moi le plaisir du toucher et je n’ose vous dire la souffrance qui me tenaille encore à ce jour, de ne pouvoir y succomber.
Et je sais que sans y paraitre vous avez senti ma présence dans votre sillage, mais comme une reine vous êtes restée de marbre et vous n’ avez pas dénié vous retourner. Quelle dignité Madame !
Venu vous délester de vos biens, je fus bien eu, car c’ est vous Madame qui m’ avez dépossédé.
Encore empli de toutes ces émotions j’ ai quitté, à regret il me faut l’avouer, discrètement vos appartements, mais ce soir-là et pour toujours je vous ai laissé mon coeur.
Au revoir, Madame, et j’ espère un jour apercevoir votre reflet de le miroir…..
16 août 2009
A GEORGE SAND (I) de Alfred de Musset
Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,
Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées,
Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu !
J'ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,
Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
Au chevet de mon lit, te voilà revenu.
Eh bien, deux mots de toi m'ont fait le roi du monde,
Mets la main sur mon coeur, sa blessure est profonde ;
Élargis-la, bel ange, et qu'il en soit brisé !
Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,
N'a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,
Nul sur un plus beau front ne t'a jamais baisé !

Ce poème de Alfred de Musset ( 1810-1857) est extrait du recueil “ Poésies posthumes”.
14 août 2009
TROIS AUTEURS, TROIS HISTOIRES
J’ AI 14 ANS ET JE SUIS DETESTABLE de Gudule :
Léa, 14 ans, est en pleine crise d’ adolescence. Moche, des parents lourds et des résultats scolaires nuls. Et en plus, personne ne l’ aime… à part Charles, le fantôme qui vit dans son grenier. Drôle d’ histoire…
Après un bon petit diable de la Comtesse de Ségur, je me suis choisie un roman jeunesse. Ayant découvert depuis peu Gudule ( Le Club des Petites filles mortes est excellent ), j’ ai donc pioché dans ses romans.
Ce livre est divertissant. Il vous ramène à vos 14 ans, lorsque votre cœur battait plus vite que celui d’ une libellule à la moindre œillade de la gente masculine. C’ est ridicule, mais c’ est touchant.
Donc prenez une heure ou deux de votre temps pour monter au grenier, une surprise vous attend !!!
Gudule : La lettre G de l’ ABC challenge. CLICK
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BILLE EN TETE de Alexandre Jardin :
Virgile a 16 ans et veut croquer la vie. Il en a assez d’ être un enfant.
Clara, une amie fortunée de son père lui ouvre ses bras et son cœur. Un véritable conte de fée, amoral, mais merveilleux.
Lui, Virgile Sauvage est l’ amant d’ une femme de 20 ans son ainée, il est un homme. Du moins le croit-il ?
Ce roman est cocasse et dynamique.
Je me suis beaucoup amusée. Il y a longtemps que je n’ ai pas ri autant en lisant. Ce jeune homme est vif, vivant, plein d’ audace, il déborde de jeunesse. Mais en parallèle, Virgile est touchant car que sait-il au juste du monde des adultes ? Pas grand chose. Est ce que posséder le corps d’ une femme fait de lui un Homme ? Est ce que le passage dans le monde des grands se résume à faire l’ amour ?Chacun doit faire son expérience.
Alexandre Jardin : La lettre J de l’ ABC challenge. CLICK
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UNE FILLE COMME LES AUTRES de Jack Ketchum
Après le décès de leurs parents dans un accident de voiture, Meg et Susan sont confiées à leur tante Ruth Chandler. La vie a été dure avec ces filles, mais le pire reste à venir. Surtout pour Meg….
David a tout vu, à cette époque, les tortures et le reste. Il doit le raconter, il doit l’ écrire, pour essayer d’ exorciser ses démons.
Ce livre écrit par Jack Ketchum est très dur à lire. Il est basé sur un fait divers macabre qui s’est déroulé dans les années 1950. La terreur, l’ horreur nous entraine dans les pires penchants, les déviances mentales de l’ être humain. Comment une chose pareille peut se faire sans que personne ne voit rien. Etrange …
Après avoir lu ce livre, vous ne regarderez plus vos voisin de la même manière. Ame sensible s’ abstenir.
Jack Ketchum : La lettre K de l’ ABC challenge. CLICK

22 juillet 2009
JE SAIS QUE MA JOIE EST PROCHAINE de A. De la Sablière
Je sais que ma joie est prochaine,
Que bientôt je vous dois revoir,
Mais que l 'impatience est une étrange peine !
Je languis dans ce doux espoir.
Pour vous, dans votre solitude,
Êtes-vous sans inquiétude ?
Le calme et les plaisirs vous suivent-ils toujours ?
Ne regrettez-vous point vos aimables demeures ?
Et ne comptez-vous point les jours,
Dont je compte toutes les heures ?
ANTOINE DE LA SABLIERE (1624-1679)

12 juillet 2009
EPIGRAMME
Mignonne je te fouëtteray,
C’ est le refrain de ma ballade,
Sinon je te pardonneray
En me donnant une accolade,
Tu ne veux pas me la permettre ?
Ha ! Certes je te fouëtteray :
Mais pour ton bien j’ en osteray
Plutôst la quatriesme lettre.
O dieux que ce plaisir est doux !
Ainsi souvent esbatons-nous
( Dit al’ ors ma belle Sylvie)
Car désormais de ne gouster
Du fouët dont tu m’ as faict taster,
C’ est vivre et n’ avoir point de vie.
Pierre Cotignon de la Charnaye, 1623.

24 juin 2009
LES BIJOUX
La très chère était nue, et connaissant mon coeur,
Elle n’ avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’ air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Le monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’ aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’ aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’ un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’ huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’ avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’ était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’ Antiope au buste d’ un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
_ Et la lampe s’ étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ ambre !
Charles BAUDELAIRE, 1857.

09 juin 2009
CITATIONS DU JOUR
“ Dès qu’ on touche un être humain, on touche à l’ inconnu.”
E. ESTAUNIE.
“ Fermer les yeux devant le danger, c’ est ce donner en proie et renoncer à son libre arbitre.”
G. MEREDITH, Les comédiens tragiques.
“ Ce beau feu dont pour vous ce coeur est embrasé,
Trouvera tout possible, et l’ impossible aisé.”
ROTROU, Venceslas.
02 juin 2009
ECHANGE
De sa bouche il cherchait une source tarie
Dont la mousse arrêtait le cours interrompu :
Et sa lèvre mouillait une lèvre fleurie
Pour étancher sa soif en son coeur non repu.
D ‘une tige éperdue, aspirant la corolle
Farouche, elle absorbait chaque tressaillement,
Consacrant son désir à quelque course folle
Dont le but est l’ étrange ivresse d’ un moment.
Le silence imprimait de plaintives minutes :
Leurs corps ne comptaient plus les successives chûtes
Vers ce gouffre où notre innocence s’ immola.
Soudain l’ ombre exila la lumière éblouie,
Et dans un même élan, la fleur épanouie
Répandit sa rosée et la source coula.
Jacques Brindejont-Offenbach, 1927.




























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