ECRITURE ET POESIE

des petits textes et des poèmes qui suivent le fil de mes pensées. Quelques mots que je couche sur du papier.

10 novembre 2009

LES INNOCENTS de Victor Hugo

Mais les enfants sont là. Le murmure qui sort victor_hugo
De ces âmes en fleur est-il compris du sort ?
L'enfant va devant lui gaîment ; mais la prière,
Quand il rit, parle-t-elle à quelqu'un en arrière ? 
Le frais chuchotement du doux être enfantin
Attendrit-il l'oreille obscure du destin ? 
Oh ! que d'ombre ! Tous deux chantent, fragiles têtes
Où flotte la lueur d'on ne sait quelles fêtes,
Et que dore un reflet d'un paradis lointain !
Les enfants ont des coeurs faits comme le matin
Ils ont une innocence étonnée et joyeuse ;
Et pas plus que l'oiseau gazouillant sous l'yeuse,
Pas plus que l'astre éclos sur les noirs horizons,
Ils ne sont inquiets de ce que nous faisons,
Ayant pour toute affaire et pour toute aventure
L'épanouissement de la grande nature ;
Ils ne demandent rien à Dieu que son soleil ;
Ils sont contents pourvu qu'un beau rayon vermeil
Chauffe les petits doigts de leur main diaphane
Et que le ciel soit bleu, cela suffit à Jeanne.


Ce poème de Victor Hugo (1802-1885) est extrait du recueil “ L’ année terrible”.

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27 octobre 2009

LE PETIT ENDROIT de A. de Musset

Vous qui venez ici
dans une humble posture
De vos flancs alourdis
décharger le fardeau
Veuillez quand vous aurez
Soulagé la nature
Et déposé dans l'urne
un modeste cadeau
Epancher dans l'amphore
un courant d'onde pure
Et sur l'autel fumant
placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi
dont l'auguste jointure
Aux parfums indiscrets
doit servir de tombeau.

                                  Alfred de Musset.


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26 septembre 2009

DERNIER ESPOIR de Paul Verlaine


Il est un arbre au cimetière
Poussant en pleine liberté,
Non planté par un deuil dicté, -
Qui flotte au long d'une humble pierre.

Sur cet arbre, été comme hiver,
Un oiseau vient qui chante clair
Sa chanson tristement fidèle.
Cet arbre et cet oiseau c'est nous :

Toi le souvenir, moi l'absence
Que le temps - qui passe - recense...
Ah, vivre encore à tes genoux !

Ah, vivre encor ! Mais quoi, ma belle,
Le néant est mon froid vainqueur...
Du moins, dis, je vis dans ton coeur ?

Ce poème de Paul Verlaine (1884-1896) est extrait du recueil “ Le livre posthume”.

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15 septembre 2009

LE CYGNE de René-François Sully Prudhomme

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes,
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
A des neiges d'avril qui croulent au soleil ;
Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire,
Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire.
Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe,
Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
Tantôt le long des pins, séjour d'ombre et de paix,
Il serpente, et laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Il va d'une tardive et languissante allure ;
La grotte où le poète écoute ce qu'il sent,
Et la source qui pleure un éternel absent,
Lui plaisent : il y rôde ; une feuille de saule
En silence tombée effleure son épaule ;
Tantôt il pousse au large, et, loin du bois obscur,
Superbe, gouvernant du côté de l'azur,
Il choisit, pour fêter sa blancheur qu'il admire,
La place éblouissante où le soleil se mire.
Puis, quand les bords de l'eau ne se distinguent plus,
A l'heure où toute forme est un spectre confus,
Où l'horizon brunit, rayé d'un long trait rouge,
Alors que pas un jonc, pas un glaïeul ne bouge,
Que les rainettes font dans l'air serein leur bruit
Et que la luciole au clair de lune luit,
L'oiseau, dans le lac sombre, où sous lui se reflète
La splendeur d'une nuit lactée et violette,
Comme un vase d'argent parmi des diamants,
Dort, la tête sous l'aile, entre deux firmaments.


Ce poème de René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) est extrait du recueil “ Les Solitudes”.

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29 août 2009

HARMONIE DU SOIR de Charles Baudelaire

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ; Baudelaire
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !                              Baudelaire


Ce poème de Charles Beaudelaire (1821-1876) est extrait du recueil “ Les fleurs du mal”

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18 août 2009

JOUISSANCE

Aujourd’hui dans tes bras j’ ai demeuré pâmée,
Aujourd’hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.

Ta flamme et ton respect m’ ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d’ honneur
Puisque j’ aime Tirsis et que j’ en suis aimée.

O vous, faibles d’ esprits, qui ne connaissez pas,
Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !

Une douce langueur m’ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c’est dans cette mort que je trouve la vie.

                                    Marie-Catherine-Hortense DE VILLEDIEU (1670)

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16 août 2009

A GEORGE SAND (I) de Alfred de Musset

Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,
Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées,
Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu !
J'ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,
Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,
Au chevet de mon lit, te voilà revenu.
Eh bien, deux mots de toi m'ont fait le roi du monde,
Mets la main sur mon coeur, sa blessure est profonde ;
Élargis-la, bel ange, et qu'il en soit brisé !
Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,
N'a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,
Nul sur un plus beau front ne t'a jamais baisé !

Ce poème de Alfred de Musset ( 1810-1857) est extrait du recueil “ Poésies posthumes”.

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28 juillet 2009

LE VALET CONSOLATEUR

Mon époux est infirme et vieux,
Grondeur, radoteur, ennuyeux,
C’ est ce qui me désole.
Mais mon jokeï me plaît beaucoup,
Et je le trouve à mon goût ;
C’ est ce qui me console.

Si mon mari se sent entrain,
Il se borne à tâter mon sein.
C’ est se qui me désole.
La Fleur en agit autrement,
Il tâte peu : mais fout souvent,
C ‘est ce qui me console.

Le vieillard veut que mon poignet
Rajeunisse son vit mollet,
C’ est ce qui me désole.
Chez mon fouteur c’est différent,
Toujours il a le vit bandant,
C’ est ce qui me console.

Jamais sur les pieds de mon lit,
Ne m’ étend le vieux décrépit ;
C’ est ce qui me désole.
Mon valet qui brûle d’ amour,
M’ y jette et m’ y fout chaque jour,
C’ est ce qui me console.

Dès qu’ il est couché le barbon
S’ endort et ronfle tout de bon,
C’ est ce qui me désole.
A peine est-il à sommeiller
Que j’ ai le Cul sur l’ oreiller,
Et la Fleur me console.

                                              ANONYME, 1830.

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22 juillet 2009

JE SAIS QUE MA JOIE EST PROCHAINE de A. De la Sablière


Je sais que ma joie est prochaine,
Que bientôt je vous dois revoir,
Mais que l 'impatience est une étrange peine !
Je languis dans ce doux espoir.
Pour vous, dans votre solitude,
Êtes-vous sans inquiétude ?
Le calme et les plaisirs vous suivent-ils toujours ?
Ne regrettez-vous point vos aimables demeures ?
Et ne comptez-vous point les jours,
Dont je compte toutes les heures ?

ANTOINE DE LA SABLIERE (1624-1679)

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12 juillet 2009

EPIGRAMME

Mignonne je te fouëtteray,
C’ est le refrain de ma ballade,
Sinon je te pardonneray
En me donnant une accolade,
Tu ne veux pas me la permettre ?
Ha ! Certes je te fouëtteray :
Mais pour ton bien j’ en osteray
Plutôst la quatriesme lettre.
O dieux que ce plaisir est doux !
Ainsi souvent esbatons-nous
( Dit al’ ors ma belle Sylvie)
Car désormais de ne gouster
Du fouët dont tu m’ as faict taster,
C’ est vivre et n’ avoir point de vie.

Pierre Cotignon de la Charnaye, 1623.

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